Je ne vais pas tourner par quatre chemins, je n'aime pas le monde du travail en entreprise. J'y suis rentrée tard... Il m'a fallu du temps pour trouver ma voie ! La première fois que j'y ai mis les pieds, c'était en 1999, pour mon stage de première année de BTS modéliste (de mode, pas d'avion ; ). J'étais très fière quand, au bout du fil (j'avais un téléphone fixe à l'époque), la DRH de Givenchy m'annonçait que ma candidature était retenue, et que je pourrais intégrer leur bureau d'études. Mon père aussi était fier, il le plaçait souvent dans les discussions ! Je suis partie, un mois, à Paris. Dès le début, j'ai senti cette distance entre les personnes pourtant censées travailler dans la même direction. Cette notion de "chef", de "petit-chef", de "rien du tout". Ce n'était pas criant, mais c'était palpable. Paradoxalement, le directeur de la logistique était le seul qui me paraissait au-dessus de ça. Chaque matin il saluait de bon coeur chaque membre de son équipe. Un bon manager en somme (le seul qu'il m'ait été donné de rencontrer) (sans compter Mont', qui est un manager hors pair !). Malheureusement ce n'était pas le chef des chefs. Et chez Givenchy, les chefs des chefs avaient décidé, entre autre (mais l'exemple est parlant), que seuls les hauts managers assisteraient au défilé. Le défilé... Tout un symbole. Pour arriver à un défilé, il faut un travail d'équipe, des financiers aux petites-mains. Sans financier : pas de défilé. Sans petite-main : pas de défilé non plus. J'ai été choquée. Inviter une certaine catégorie de personnes, et pas une autre, alors que toutes ont contribué à ce feu d'artifice de matières et de formes, c'était une injustice criante à mes yeux. Les sortables et les non-sortables ? Les riches et les moins riches ?...
Vint ensuite l'expérience Chloé, toujours dans le prêt-à-porter de luxe. Toujours ces différences. Vous êtes dans l'équipe du style : bien ! Vous êtes dans l'équipe du bureau d'études : pas bien ! Vous êtes dans l'équipe marketing : bien. Vous êtes dans l'équipe de la logistique : pas bien. Une fois de plus, je ne comprenais pas ces salariés prêts à tirer la couverture à eux et à dénigrer les autres, avec bien entendu une réciprocité dans le tirage de couverture ! Et ce qui fut encore plus décevant, c'est que les managers des services "pas bien" ne soutenaient pas leurs équipes ; ils préféraient s'acoquiner avec les managers des services "bien". Une histoire de vent ? Une histoire d'image ? Je n'ai pas plus compris ici que là-bas, et me disais que s'il n'y avait pas de cohésion dans une entreprise, c'était bien con de travailler dans une entreprise. L'impression d'être la seule sage (d'où Sophie ; ) à dire que tout ce qui était fait, était fait par une équipe (on comprendra mieux pourquoi je n'étais pas vouée à faire carrière !).
Et pour conclure cette désillusion salariale : Oxbow, en 2004. Siii... Oxbow... Les blousons et les gros pull bariolés des années 90... Oxbow qui se casse la gueule et qui licencie à tour de bras (plan social s'il vous plaît... après avoir licencié à la pelle plutôt salement) (bref). Je suis descendue en une semaine de Paris vers Bordeaux car on me proposait un CDI après une courte période (annoncée de deux mois) en intérim. Je laissai mari et enfants (ah non, pas d'enfant, je n'en avais pas, mais de mari, si !). J'ai attendu plus d'un an pour décrocher mon CDI. Et encore, il faillit me passer sous le nez, car la veille de le signer, j'eus le malheur de demander au styliste (ah, les stylistes et leurs passe-droits...) de me remettre ses documents pour que je puisse travailler. Visiblement le ton n'était pas le bon, et mon manager (qui suivait les instructions de son manager) (très pyramidal chez Oxbow !) au lieu de parler du retard du styliste m'a simplement dit que suite à ma remarque, il n'allait peut-être pas me faire signer mon contrat. A un moment donné, même en ayant besoin de travailler, même s'il n'était pas facile de trouver sur Bordeaux un poste dans mon secteur d'activité, je sus garder ma dignité. Moi qui n'étais (et ne suis !) ni diplomate ni grande gueule, j'eus la force (le courage !) de dire que cela ne m'intéressait peut-être pas non plus de travailler dans ces conditions. Coup de bluff qui fonctionna (yes !). Mais mes yeux ne cessaient de se focaliser sur les inégalités criantes, sur le manque de reconnaissance, ainsi que sur la veulerie des haut-cadres... Les mois passent. La marque rentre en bourse. La marque est rachetée. Le début de la fin. Les managers préféraient tirer leur épingle du jeu plutôt que d'encadrer leurs équipes. Pour reprendre les termes d'un ancien collègue avec qui j'échangeais hier : "des arrivistes, ambitieux et sans état d'âme". Les licenciements sauvages furent nombreux. Le cercle non-vertueux se mit de manière implacable en route : les employés ne faisaient plus confiance à leurs chefs ; et les chefs n'avaient aucun regard sur les employés. C'est à cette période que j'ai décidé de démissionner. Je ne pouvais pas continuer à travailler pour un groupe (puisque avec le rachat nous faisions bien parti d'un "groupe"...) qui ne considérait pas l'humain. C'est une des rares choses dont je suis vraiment fière, avoir su garder mes convictions. Je vivais en plus de grands changements (divorce, nouvelle rencontre "Salut Mont' ♥ "), je n'en étais pas à un près ! Et depuis plus de 5 ans que j'ai quitté le navire, je vois de loin les choses se dégrader. Je vois de loin les haut-cadres se succéder. Je vois de loin le groupe vendre Oxbow, et repartir avec beaucoup d'argent alors que c'est ce même groupe qui a coulé le navire. Je vois de loin la tension de ces salariés révoltés par tant d'injustice...
Je ne comprends pas comment une telle situation est possible. Je ne comprends pas pourquoi la cohésion est si difficile dans une entreprise. Je ne comprends pas pourquoi les individus (qu'ils soient d'en "haut" ou d'en "bas") ne sont pas capables de travailler en équipe. Trop "têtes pensantes" pour les uns ; trop "simples exécutants" pour les autres. Je pense que la seule différence légitime dans une entreprise est la différence de salaires. Toutes les autres sont fabriquées de toute pièce, toutes les autres me paraissent archaïques, toutes les autres sont honteuses. Ne serait-ce pas plus simple de se considérer tous égaux pour faire du travail une source de satisfaction...?
Et je profite de m'épancher ainsi pour remercier publiquement (!) Sébastien de m'avoir permis de ne pas remettre ma tête dans cet univers-là. Je te remercie aussi de me montrer, par le biais de ton poste actuel, qu'il existe de bons managers (et tu me sais pourtant avare de compliments ; ), et qu'il existe des sociétés où l'humain est véritablement considéré et respecté, quelque soit son poste !
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5 commentaires:
Pfiou! Bien dit!:)
euhhh que dire d'autre que bravo et respect !!! j'aurais voulu, aimé avoir ta sachesse !!! ;-) les arrivistes , ambitieux sans état d'âme n'ont de gloire que celle qu'ils se donnent dans un microcosme d'égoïstes sans importance !
@ Delphine : pfiou ! ; )
@ Pascal : merci...!
Le monde de l'entreprise est globalement difficile, je crois qu'il n'y a pas un secteur qui soit épargné aujourd'hui, par les coupes budgétaires, les restrictions en tout genre.
Je ne sais pas si dans l'entreprise qu'il faut attendre de la reconnaissance aujourd'hui. Je n'y crois pas en tout cas.
L'entreprise c'est aussi un monde où on ne se choisit pas et donc où la cohabitation peut parfois virer au cauchemar...
@ Cloudy : l'entreprise est effectivement un monde que l'on ne choisit pas, mais si la cohabitation peut s'avérer parfois difficile (humeurs, caractères, personnalité...) cela ne devrait pas interférer au niveau de la cohésion. "Si" respect et cohésion étaient présents, le problème de la cohabitation serait secondaire (nous sommes quand même des adultes censément matures !)
Mais avec des "si"...
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